PRESSE


 

 

Au château de Dardagny

 

Michel Kiener présente sa quatrième saison au château de Dardagny
Des oeuvres baroques et romantiques seront interprétées sur des instruments d'époque dans un lieu idyllique

 

Vous avez organisé pour la quatrième fois une saison au château de Dardagny; parlez-nous du choix du lieu et des compositeurs.
Dardagny est à mon avis une des plus belles régions du canton, et le château possède un vrai salon de musique 18ème, décoré de fresques et surtout doté d'une acoustique exceptionnelle. C'est un endroit idéal pour interpréter de la musique de chambre.
En ce qui concerne le choix des auteurs ou artistes, il s'agit un peu d'une conjonction entre des compositeurs que j'aime pariculièrement et des musiciens devenus amis.

On vous connaît essentiellement comme interprète baroque et vous jouerez aussi des oeuvres romantiques; envisagez-vous d'interpréter une fois des oeuvres plus "modernes" à Dardagny?
Ceci ne correspondrait pas à notre philosophie qui est d'utiliser des instruments originaux. Nous sommes en effet des spécialistes d'instruments originaux et nous nous vantons d'être capables de proposer une saison complète sur des instruments d'époque.
Le lieu ne se prêterait d'ailleurs pas non plus très bien à des oeuvres modernes.

Le 3 mai, vous accompagnerez un ténor, Hervé Lamy, pour une oeuvre de Schubert; est-ce pour vous une expérience très différente que de jouer dans un ensemble?
Accompagner la voix humaine est pour moi le plus grand moment de joie en musique; j'ai l'impression de respirer avec le chanteur et de chanter avec lui. Un musicien est parfois un peu frustré de ne pas s'exprimer lui-même et c'est pourquoi il a ainsi la sensation de faire chanter sa voix intérieure. D'autre part, ce ténor est un grand spécialiste du chant grégorien et j'ai déjà eu l'occasion de l'accompagner avec beaucoup de plaisir.

Il y aura également un récital ainsi qu'une conférence de Jaap Schröder, professeur honoraire de musicologie à Yale...
Jaap Schröder est un extraordinaire violoniste contemporain qui a produit les plus beaux enregistrements de Bach pour violon seul. J'ai vraiment eu un "coup de foudre" musical pour cet interprète et sa manière de retranscrire des oeuvres qui vont du Baroque jusqu'à Mendelssohn. C'est un artiste friand de toute nouveauté et qui va souvent à la découverte d'oeuvres méconnues.

Quels sont vos compositeurs favoris?
Mes compositeurs préférés sont Mozart, Haydn, Schubert mais la référence absolue reste pour moi incontestablement Bach. Il représente la synthèse absolue entre le spirituel et le charnel.

Interprète, organisateur, vous accumulez les activités différentes; comment géréz-vous ces divers mandats?
J'ai la grande chance de pouvoir faire plusieurs choses différentes tout en restant un interprète d'oeuvres pour le clavier; j'aime organiser des concerts, enregistrer des disques, imaginer de nouveaux projets et échapper ainsi à toute monotonie ou toute classification.

De quand date l'instrument sur lequel vous jouez?
J'ai le privilège d'en posséder deux: un qui date de la fin du 18ème et qui est le dernier qu'a connu Mozart (construit par Walter) mais cela reste une copie, et un original de Fritz qui date de 1813. Les deux instruments proviennent de Vienne et produisent une sonorité exceptionnelle. Ce qui est merveilleux, c'est d'offrir au public quelque chose de complètement neuf. C'est une véritable redécouverte d'oeuvres "usées"; c'est la possibilité de pouvoir restituer la musique d'auteurs connus de manière totalement différente. Chaque pianoforte possède en effet son propre charactère, produisant ainsi un son totalement individualisé, alors que le son d'un piano moderne reste sensiblement le même que n'importe quel autre.
La différence de sonorité est donc incomparable, d'où un plaisir immense à jouer sur des instruments d'époque.
Le 18 février, Pierre Goy et moi-même allons interpréter un quatre mains sur deux pianoforte. Pierre Goy possède d'ailleurs 12 pianoforte et nous jouerons Brahms sur un de ceux-ci.

A quel âge avez-vous commencé le piano?
Cela a été une vocation plutôt tardive puisque j'ai commencé avec passion à jouer au piano à l'âge de 12 ans. Je travaillais jour et nuit et je me suis spécialisé dans tous les instruments à clavier (clavecin, orgue etc...). J'ai également toujours été fasciné par le métier de chef d'orchestre et c'est pourquoi j'ai tenté de former des petits ensembles comme "Amarcordes" dont d'ailleurs deux personnes sont devenues de véritables professionnels.

Avez-vous un "maître" parmi les pianistes du 20ème siècle et que pensez-vous des interprètes contemporains?
Les pianistes qui m'ont le plus marqué sont Kempff, Rubinstein et Benedetti Michelangeli. Cependant, pour qu'un pianiste me touche vraiment, il faut qu'il puisse être assez transparent pour pouvoir laisser "parler" l'auteur et donc laisser s'exprimer les émotions voulues par l'auteur  lui-même. Or plusieurs interprètes ont tendance à vouloir exprimer leurs propres sentiments au risque d'effacer l'oeuvre elle-même, ce qui est regrettable. L'interprète n'a pas pour rôle de nous montrer son côté passionnel ou tragique mais véritablement de nous retranscrire l'émotion de la musique elle-même.

Quels sont vos projets futurs?
J'ai prévu l'enregistrement de l'Intégrale des Préludes et Fugues ainsi qu'une oeuvre de Beethoven avec flûte et basson.
La saison prochaine sera consacrée à Bach, en essayant d'avoir plusieurs concerts à Genève. Je prévois également une croisière musicale avec Il Giardino Armonico.

 

Propos recueillis par Delphine Eggly
Scènes Magazine, décembre 98 - janvier 99

 

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Classicisme viennois à Dardagny

 

Mozart et Schubert au Château

 

Les fins d'année sont souvent de véritables déserts musicaux. Si l'on excepte les inévitables concerts de Noël, plus rien à se mettre sous l'oreille. C'est donc avec d'autant plus de plaisir que l'on ira écouter les deux concerts que le pianofortiste genevois Michel Kiener, ses amis du Giardino Armonico et la soprano Jennifer Smith proposent jeudi et vendredi au Château de Dardagny. Le programme, centré sur le classicisme viennois, comprend des Lieder et quelques petites perles de la musique de chambre signées Mozart, Schubert et Beethoven.

Profitant de l'exceptionnelle acoustique de la salle des Chevaliers, Michel Kiener compte mettre sur pied une véritable série de concerts au Château de Dardagny. "Avec quelques amis, nous allons créer sous peu une nouvelle asociation ; elle aura pour but d'organiser des concerts au Château tout au long de l'année, à raison d'un par mois", annonce le multi-instrumentiste genevois, lui-même établi à Dardagny. Le lieu est en effet parfaitement adapté à la musique de chambre et  à la musique ancienne en général : "Les instruments qui "sonnent" trop fort y sont tout simplement insupportables. La programmation sera ouverte sur tous les siècles; il n'y aura qu'une seule règle : éviter l'ennui !"

Claveciniste, pianofortiste, pianiste, professeur de musique de chambre au Conservatoire de Genève, Michel Kiener est aussi responsable depuis de nombreuses années de la programmation des concerts de Saint-Germain. C'est grâce à lui que de nombreux mélomanes genevois ont pu se familiariser avec la fougue et la générosité du fabuleux ensemble milanais Il Giardino Armonico. "Avec quelques membres du Giardino, nous nous réunissons chaque année pour faire de la musique de chambre en privé, explique Michel Kiener ; cette fois, nous avons décidé de faire partager notre plaisir au public."

L'autre avantage de ce genre de réunion dictée par l'amitié, c'est de pouvoir composer des programmes panachés, qui alternent pièces solistes, vocales et chambristes. Jennifer Smith chantera les deux soirs un choix représentatif de Lieder de Mozart et Schubert. Le corniste thounois Chandra Mäder traduira la Sonate pour cor et piano de Beethoven sur un cor naturel (une rareté), tandis que Giovanni Antonini, chef du Giardino Armonico, délaisse sa flûte à bec pour une clarinette du XVIIIème siècle.

L'ensemble milanais compte aborder progressivement, et à petites doses, la musique de l'époque classique : "Nous allons jouer des œuvres qui correspondent à notre formation. Mais nous comptons également aller davantage dans l'autre sens, vers la musique du XVIIème, nuance Giovanni Antonini. C'est une époque qui laisse plus d'espace à la recherche, à l'imagination. Le problème, c'est bien sûr de trouver les instruments adéquats." Justement, le passage d'un instrument à l'autre n'est pas trop périlleux ? Pour Giovanni Antonini, c'est une simple question de préparation : "J'ai commencé par être clarinettiste, puis je suis passé à la flûte à bec. Voilà un an que j me suis remis à travailler sur un instrument de l'époque de Mozart, qui constitue une sorte de transition entre la flûte à bec et la clarinette moderne. Il possède un son très doux, très feutré, qui devrait se marier idéalement avec le pianoforte de Michel Kiener."

Construit par le génial facteur Christopher Clarke d'après un instrument d'Anton Walter (Vienne 1780), cet instrument sonne en effet avec une rare finesse, bien loin de l'"effet casserole" de certains pianoforte mal conçus ou mal réglés. "Le pianoforte est un instrument à la mécanique délicate, qui demande beaucoup de précision, autant dans la fabrication que dans le jeu. En revanche, quand il est bien préparé, on peut obtenir des couleurs et des sonorités absolument inouïes." Dernière précision : la salle des Chevaliers ne contient que 120 places... Venez tôt.

 

Luca Sabbatini

 
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Soirées musicales au Château de Dardagny

 

Christophe Coin et Michel Kiener viennent clore, ce soir, la première saison des concerts Amarcordes.

Un salon de musique privé, une passion pour les interprétations authentiques : en conjuguant ces deux atouts, Michel Kiener a jeté les bases d'une nouvelle structure musicale sur la place genevoise. Les premiers concerts organisés par le claveciniste genevois à Dardagny se sont déroulés chez lui, dans l'intimité de son salon.

Depuis le début de cette année, ces rendez-vous ont pris de l'ampleur à la salle des Chevaliers du château de Dardagny, à l'enseigne d'une association fraîchement créée : Amarcordes. L'organisateur espère ainsi donner du poids à une activité musicale en plein essor. "Les concerts de Dardagny ne bénéficient d'aucun soutien, mis à part l'appui logistique que nous offre la commune en mettant à notre disposition la salle de concerts du château, qui bénéficie d'une acoustique extraordinaire."

Bach à l'honneur

Déjà forte d'une centaine de membres, l'association Amarcordes parraine depuis l'hiver dernier une programmation musicale qui accueille des artistes aussi réputés que la soprano Jennifer Smith, l'ensemble Il Giardino Armonico ou le gambiste Christophe Coin, lequel se produira ce samedi en compagnie de Michel Kiener, dans un programme entièrement dévolu à Jean-Sébastien Bach.

La musique ancienne est omniprésente, mais ne domine pas les concerts Amarcordes. "Le but premier de ces rencontres musicales campagnardes est, d'une part, d'offrir l'occasion aux artistes d'interpréter des œuvres qu'ils peinent à défendre dans les circuits plus commerciaux, et, d'autre part, de donner au public la chance de goûter la musique dans un cadre plus intime", explique Michel Kiener. Le château de Dardagny (120 places) et le salon privé de l'organisateur (60 places) ont jusqu'alors servi de cadre à ces concerts, mais Amarcordes n'exclut pas de déborder de son cadre dardagnien. Une collaboration est notamment programmée avec le Musée historique de Lausanne, pour présenter sa collection d'instruments fraîchement restaurés.

Haut niveau

La deuxième saison d'Amarcordes promet de maintenir les concerts à un haut niveau. L'affiche annonce la venue du Quatuor Mosaïques, du Giardino Armonico dans trois concerts de musique française, des clavecinistes Gustav Leonhardt, Pierre Hantaï et Roberto Menichetti, partenaires de Michel Kiener au cours de deux week-ends consacrés à Bach. Le Quatuor Arpeggione est également au programme (œuvres ultimes de Haydn, Beethoven et Schubert), tout comme le violoniste Gilles Colliard (Caprices de Locatelli). De quoi enrichir sa culture musicale !

 

Michelle Bulloch, Le Courrier, 9/10 décembre 1995.

 
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Du baroque mémorable
 
Le Victoria Hall acclame des musiciens milanais
 

Bonne nouvelle : il existe donc à Genève un public aimant le baroque, susceptible de se déplacer en grand nombre au Victoria Hall. A preuve, les centaines d'auditeurs venus acclamer, ce dimanche dans le cadre de l'association Amarcordes, Il Giardino Armonico et ses instruments authentiques.

On peut toujours préférer un Bach plus âpre, plus mordant, aux angles moins arrondis, bref plus "à l'allemande". Mais les musiciens milanais se sont magnifiquement imposés dans le Cinquième Concerto brandebourgeois avec une élégance qui forçait l'admiration. Les interventions du flûtiste Giovanni Antonini sont apparues délicieuses, la partie violonistique de Enrico Onofri rivalisait de souplesse, et le clavecin sans faille de Michel Kiener sonnait jubilatoire. Quant au Troisième brandebourgeois, il frappait par le soyeux des cordes, le conduit improvisé au violon en guise d'adagio, le tempo vertigineux mais parfaitement dominé de l'allegro final.

Cela dit, c'est bien avec les Quatre Saisons que les musiciens ont donné le meilleur de leur imagination. S'appuyant sur le programme poétique de Vivaldi, ils ont réussi cette gageure de rendre audible et même visible, le pâtre endormi, le chien aboyant, la grêle tombant à coups de hallebardes, le froid hivernal griffant les chairs, l'accablante chaleur estivale.

 

Daniel Robellaz

 
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Michel Kiener et Il Giardino Armonico
 
Vitalité
 
Dans la série de concerts du dimanche au Victoria Hall, Michel Kiener et le Giardino Armonico présenteront le 5 octobre 1997 à 17h. un programme de musique allemande consacré à Biber et à Bach.
 

Les deux moments forts de la soirée seront deux concertos de Bach, le premier pour deux violons et le second pour clavecin. Michel Kiener et Giardino Armonico collaborent depuis de nombreuses années. Cet ensemble, fondé dans ls années 80, révélé par son interprétation décoiffante des Quatre Saisons, est l'une des formations baroques les plus appréciées aujourd'hui. Ils sont une quinzaine, milanais, jeunes (moyenne d'âge : vingt-cinq ans) et font preuve d'une vitalité et d'un perfectionnisme exceptionnels. Dès leurs débuts, M. Kiener les a invités aux concerts de Saint-Germain : il aime leur côté "non-commercial", leur italianité, même dans la musique allemande, et leurs immenses qualités artistiques.

Le Concerto pour clavecin en ré mineur est le plus important des concertos pour cet instrument ; M. Kiener ne l'a encore jamais joué avec les musiciens du Giardino. Quant à Biber, il s'agit d'un compositeur hardi et original dont les œuvres sont principalement réservées au violon et à l'orchestre.

Amarcordes

Organisée par Michel Kiener, la troisième saison d'Amarcordes au Château de Dardagny sera une occasion à ne pas manquer pour tous les amoureux du piano, curieux de connaître enfin l'histoire de cet instrument. En effet, plusieurs soirées permettront de découvrir les particularités de tois pianoforte, construits à des époques différentes, qui aideront à comprendre l'évolution, entre 1750 et 1820, de la facture du pianoforte viennois. Laissons pour l'instant de côté les instruments français, Pleyel et autres Erard. Que cela reste clair pourtant : il n'y a pas de différence dans la "qualité" des instruments, pas de "progrès" ; chaque pianoforte correspond au goût, à l'esthétique, aux choix des compositeurs de son époque. Car Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert collaboraient avec les constructeurs, exprimant leurs désirs quant à la sonorité qu'ils attendaient : ainsi, en entendant le "Silbermann" on pourra se faire une idée plus précise sur le piano à ses débuts et découvrir ce son plus grêle qui caractérise les instruments du milieu du XVIIIème.

Le "Fritz" de 1815 dévoilera des secrets insoupçonnés : un jeu intégré de cymbales, tambours et sonneries, et un son qui n'est plus celui que Mozart connaissait, mais désormais au goût de Beethoven, qui désirait un instrument plus proche de l'orchestre. Ainsi l'instrument devenait-il le creuset des idées des compositeurs.

Le troisième pianoforte sera celui de Michel Kiener, le "Walter" (1805), construit par le célèbre Christopher Clarke, près de Cluny, qui n'en a réalisé qu'une vingtaine en tout.

Ce n'est qu'à partir de 1890 que le piano a cessé d'évoluer, conservant les modifications acquises au cour des années (cadre en fer, caisse ouverte, marteaux en coton, etc.).
[...]

 

Propos recueillis par Martine Duruz